mars 2, 2024
institut Doréa

L’institut Doréa : un lieu chargé d’histoire et de mystère

L’institut Doréa, situé à Franklin, au sud-ouest de Montréal, est un ancien établissement qui a accueilli des orphelins de Duplessis dans les années 1940 et 1950. Ces enfants, faussement déclarés malades mentaux par les autorités religieuses, ont pu trouver un refuge sûr apres avoir été des victimes de maltraitance et d’exploitation.

L’institut Doréa a été fondé en 1939 par l’abbé Joseph-Alfred Archambault, un prêtre progressiste qui voulait offrir une éducation et une réinsertion sociale aux jeunes délinquants. Avec son collègue, l’abbé Albini Girouard, il a créé un complexe novateur, comprenant une école primaire, une école secondaire, des dortoirs, des aires de jeux, une grange, un poulailler, une église et même des chalets. L’institut Doréa était un véritable havre de paix pour ces jeunes qui avaient besoin d’une seconde chance.

Mais tout a basculé avec l’arrivée au pouvoir de Maurice Duplessis, le premier ministre du Québec, qui a mis en place un système corrompu visant à profiter des subventions fédérales destinées aux asiles psychiatriques. Pour cela, il a fait appel aux congrégations religieuses, qui géraient la plupart des orphelinats de la province, et leur a demandé de transformer ces établissements en hôpitaux psychiatriques. Ainsi, des milliers d’enfants orphelins ou abandonnés ont été diagnostiqués comme étant atteints de déficience intellectuelle, de schizophrénie ou de troubles du comportement, sans aucune preuve médicale. Ces enfants, appelés les orphelins de Duplessis, ont été envoyés dans des asiles, où ils ont été soumis à des conditions de vie déplorables, à des traitements inhumains et à des abus de toutes sortes.

L’institut Doréa, qui était un établissement non psychiatrique, a fait partie de la liste des endroits où ont été transférés les orphelins de Duplessis. Entre 1954 et 1961, environ 150 enfants auraient été envoyés à Doréa.

L’institut Doréa a fermé ses portes en 1995, après avoir changé plusieurs fois de vocation. Il a été laissé à l’abandon, et il est devenu un lieu de fascination pour les amateurs d’exploration urbaine, de rites sataniques, de films pornos, de raves ou de chasse aux fantômes. Certains affirment avoir vu ou entendu des esprits, des ombres, des voix ou des pleurs. D’autres n’ont rien remarqué de particulier, mais ont ressenti une atmosphère oppressante et angoissante.

Aujourd’hui démoli, l’institut Doréa était un lieu chargé d’histoire et de mystère, qui nous rappelait les horreurs commises par le régime de Duplessis et par l’Église catholique. C’était aussi un lieu qui nous interrogeait sur notre rapport à l’abandon, à la mémoire et à la mort. Que cherchions-nous en visitant ces endroits oubliés ? Quelles émotions éprouvions-nous en les parcourant ? Quel respect devions-nous avoir envers ces lieux et envers ceux qui y ont vécu ? Autant de questions qui méritaient d’être posées, et qui pouvaient nous aider à mieux comprendre notre propre humanité.

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